Exil

21 février 2017

Ce ne sont pas seulement la réalité et le regard étrangers qui lui imposent avec insistance sa qualité d’étranger. C’est la conscience aiguë et exaspérée de sa différence qui l’installe dans un exil qu’aucun bien-être ni succès temporel ne peuvent effacer.

(Eduardo Lourenço, « Les marques de l’exil dans l’oeuvre de José Rodrigues Miguéis », Georges da COSTA, Catherine DUMAS, Agnès LEVÉCOT (éds.), Exils et décalages chez l’écrivain portugais José Rodrigues Miguéis, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2016, 282 p.)


Os homens da Seara Nova | Les hommes de Seara Nova

15 avril 2016

Os homens d’A Sementeira não eram um partido nem queriam governar: mas esclarecer, inspirar, agitar problemas e indicar soluções. Embebidos de crítica histórica, e com tendências socializantes, preconizavam a reforma da educação e da mentalidade, acreditavam no advento da Razão, na eficácia das ideias puras, na transformação das coisas pelo espírito, no mérito pedagógico da pregação e da polémica, e tinham vocação da renúncia, o desprezo da hipocrisia, do empirismo e videirismo da existência nacional. Entre o « marasmo parlamentar » e a « agitação endémica das ruas », procuravam o meio-termo, a estrada lisa da persuasão, que levaria a uma política técnica e racional; em que os interesses privados, os caprichos e flutuações humorais dos homens não influíssem perniciosamente. Fiéis às liberdades cívicas, tinham da politicagem o mesmo horror que os seus maiores da Grande Geração nutriam pelo Constitucionalismo decadente: mas, se aqueles haviam feito sobretudo literatura, sátira e especulação, e derivado mesmo para a Autoridade, os iluminados d’A Sementeira intentavam refazer o regime, dentro do quadro nacional e actual, a golpes de doutrinação, sugerindo reformas concretas na educação, na economia, nos costumes e nas instituições democráticas. […] Tudo assim neles o fascinava: desejou actuar, como eles, ao sopro casto das intenções impessoais, desinteressadas. Combater no terreno das ideias era também, afinal, a maneira de evadir com elegância os seus próprios problemas.

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Les hommes d’A Sementeira ne formaient pas un parti et ne voulaient pas gouverner : mais éclairer, inspirer, discuter les problèmes et indiquer des solutions. Imprégnés de critique historique, et avec des tendances socialisantes, ils préconisaient la réforme de l’éducation et des mentalités, ils croyaient à l’avènement de la Raison, à l’efficacité des idées pures, à la transformation des choses par l’esprit, au mérite pédagogique de la propagande et de la polémique, et ils avaient la vocation du renoncement, le mépris de l’hypocrisie, de l’empirisme et de l’arrivisme de l’existence nationale. Entre le « marasme parlementaire » et « l’agitation endémique des rues », ils cherchaient le juste-milieu, le chemin sans aspérités de la persuasion, qui mènerait à une politique technique et rationnelle, où les intérêts privés, les caprices et les fluctuations d’humeur des hommes n’influeraient pas pernicieusement. Fidèles aux libertés civiques, ils avaient de la politicaille la même horreur que celle que leurs ancêtres de la Grande Génération nourrissaient à l’encontre du Constitutionnalisme décadent : mais si ces derniers avaient surtout fait de la littérature, de la satire et de la spéculation, et avaient dérivé vers l’Autorité, les illuminés d’A Sementaira essayaient de réparer le régime, à l’intérieur du cadre national actuel, à coup d’endoctrinement, en suggérant des réformes concrètes dans l’éducation, l’économie, les coutumes et les institutions démocratiques. […] Ainsi, tout en eux le fascinait : il voulut agir, comme eux, porté par le souffle chaste des intentions impersonnelles, désintéressées. Combattre sur le terrain des idées était aussi, finalement, la manière d’échapper avec élégance à ses propres problèmes.

(JRM, Idealista no mundo real)


« Éthique et esthétique de l’ironie chez José Rodrigues Miguéis », de Georges da Costa

9 février 2016

Avec la publication toute récente (janvier 2016) de cet ouvrage, les Éditions Pétra élargissent leur exploration dans le monde lusophone. Éthique et esthétique de l’ironie chez José Rodrigues Miguéis, de Georges da Costa, est une adaptation de sa thèse de doctorat en Études lusophones soutenue en juin 2010 à l’Université de la Sorbonne Nouvelle.

Dans la préface de ce livre, intitulée fort justement « Une invitation à la lecture », le professeur et écrivain Onésimo Almeida souligne que cette étude est riche en nouveautés : « D’abord par le fait de paraître en France, où jusqu’ici Miguéis n’avait pas encore obtenu toute l’attention qu’il méritait. Ensuite parce que ce thème est complètement original dans la bibliographie passive de Miguéis. Enfin, une troisième nouveauté : son auteur provient non pas du champ littéraire mais de celui des sciences, apportant à la critique littéraire migueisienne un style exemplairement différent, puisqu’il utilise un discours dépouillé de tout jargon académique ». José Rodrigues Miguéis (1901-1980) quitte le Portugal de Salazar en 1935 et passe la plus grande partie de sa vie en exil aux États-Unis. Si, d’un côté, les préoccupations éthiques du militant politique imprègnent forte- ment des récits où l’ironie classique et satirique est un instrument privilégié, de l’autre, l’écrivain met régulièrement en scène ses doutes et questionnements usant d’une autre ironie, romantique et/ou moderne. La présence de ces deux ironies contradictoires apparaît ainsi comme les deux faces littéraires d’un même drame identitaire, celui de l’écrivain exilé.

Maître de conférences en Langue, littérature et civilisation portugaises à l’Université de Caen-Normandie depuis 2012, Georges da Costa a été, pendant près de vingt ans, enseignant de mathématiques et sciences physiques dans le secondaire. Membre de deux groupes de recherche universitaire, il est également le cofondateur de l’association Autres Brésils (www.autresbresils.net).

Texte de Dominique Stoenesco, Lusojournal, 27/01/2016.


Conformistas do Inconformismo | Conformistes de l’Anticonformisme

9 février 2016

Quer refazer a mentalidade portuguesa? Portugal não tem cura – tem curas: os padrecas das inúmeras freguezias e igrejinhas da pseudo-Cultura. Esborrache-os mas não queira reformá-los. […] Eu sei: custa e dói muito renunciar a ser alguém naquele alguidar de lacraus. Eu próprio morro disso. Porque não temos mais nada! […] Nem de vontade eu iria para viver ignorado ou a dar e levar castanhas nos Conformistas do Inconformismo!

José Rodrigues Miguéis. Carta a Jorge de Sena. 05/12/1973.

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Vous voulez refaire la mentalité portugaise ? Le Portugal n’a pas de cure – il a des curés : les petits curés des innombrables paroisses et petites églises de la pseudo-Culture. Écrabouillez-les, mais ne tentez pas de les réformer. […] Je sais : cela coûte beaucoup et cela fait très mal de renoncer à être quelqu’un dans ce nid de scorpions. Moi-même, j’en meurs. Car nous n’avons rien d’autre ! […] Même si je le voulais, je n’irais pas là-bas pour vivre ignoré ou pour donner et recevoir des châtaignes des Conformistes de l’Anticonformisme !

José Rodrigues Miguéis. Lettre à Jorge de Sena. 05/12/1973.


« Décalages | Incoincidências » en photos

26 novembre 2014

Le colloque « Décalages – Vie et œuvre de José Rodrigues Miguéis » a eu lieu les 13 et 14 novembre 2014 à Paris.

Quelques photos sont disponibles sur le site de l’évènement :

http://incoincidencias.wordpress.com/programme/

Un ouvrage issu du colloque devrait être publié en 2016-2017 aux Presses de la Sorbonne Nouvelle.


Portrait | Retrato

2 novembre 2014

C’est surtout des gros bonnets et des influents qu’il aime parler […]. Il repart maintenant vers le Mass., enflé de vanité, pour rassembler plus de dolas, acquérir des propiétés, déplacer les pauvres, rivaliser avec les puissants, les fasciner, ériger une maison « moderne » qui assassine le caractère de son village. C’est le type de pauvre qui est né pour être riche, ou du riche qui est né pauvre par erreur, du médiocre qui aspire à commander. Il doit être président ou secrétaire d’un quelconque club ou association coloniale, où les escrocs encartés regroupent les benêts pour mieux leur parler de Camões, qu’ils n’ont jamais lu, et leur pomper leurs dollars. Paysan cupide, furtif et chicaneur, il est l’opposé du rural bucolique de la légende : ses yeux experts pèsent la nature entière en termes d’inventaire et de répartitions, son âme est faite de bouts de terre, de parcelles. C’est de cette pâte que sont issus depuis des siècles les docteurs de la loi, dont la culture coimbrienne pénètre, à travers le Pouvoir, l’influence, la soumission et la flagornerie, et au rythme du Fado gargarisé, la vie et la culture portugaise, la réduisant à l’état dans lequel nous la voyons aujourd’hui dans tous les domaines.

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É sobretudo dos graúdos e influentes que ele gosta de falar […]. Volta agora para o Mass., impante, a juntar mais dolas para comprar mais terras, arredondar prupiadades, deslocar os pobres, rivalizar com os poderosos, fasciná-los, erguer uma casa “moderna” que assassine o carácter da sua aldeia. É o tipo do pobre que nasceu para ser rico, ou do rico que nasceu pobre por engano; do medíocre que aspira a mandar. Deve ser presidente ou secretário de algum clube ou sociedade colonial, onde os trampolineiros encartados arrebanham os pategos para melhor lhes falarem de Camões, que nunca leram, e lhes chuparem os dólares. Campónio ganancioso, furtivo e chicaneiro, é o oposto do rural bucólico da lenda: os seus olhos de louvado pesam a natureza inteira em termos de inventário e partilhas, a sua alma é feita de retalhos de bens, de courelas. É desta massa que se fazem há séculos os doutores de leis, cuja cultura coimbrã tem permeado, através do Poder, da influência, da submissão e da louvaminha, e a compasso do Fado gargarejado, a vida e a cultura portuguesa, reduzindo-a ao estado em que hoje a vemos em todos os sectores.

(José Rodrigues Miguéis. Gente da terceira classe)


Um exílio chamado saudade | Un exil nommé saudade

26 octobre 2014

Humberto Lima de Aragão Filho (préf. et org.), Um exílio chamado saudade – antologia sobre José Rodrigues Miguéis, São Paulo: Intermeios, 2014.

Une anthologie critique qui réunit des essais de Massaud Moisés, Adolfo Casais Monteiro, João Alves das Neves, Cassiano Nunes, Jorge de Sena, Georges da Costa, Onésimo Teotónio Almeida et Teresa Martins Marques.