La convergence des parallèles ? Ironie et altérité chez José Rodrigues Miguéis

19 octobre 2011

Conférence de Georges da Costa
Centre Calouste Gulbenkian | Résidence André de Gouveia | 5 décembre 2011

http://www.gulbenkian-paris.org/fr/la_convergence_des_paralleles_ironie_et_alterite_chez_jose_rodrigues_migueis

 

Image tirée des archives de Miguéis à la Brown University

En 1946, après une longue maladie, l’écrivain portugais José Rodrigues Miguéis revient vivre au Portugal. Mais il se sent de plus en plus étranger : étranger au pays où il est né (1901) et qu’il a quitté en 1935, et étranger à l’homme qu’il était au moment de son départ en exil. Après quelques mois, il repartira aux Etats-Unis où, malgré plusieurs tentatives de retour à la mère-patrie, il restera jusqu’à sa mort (1980).

Óscar Lopes a souligné que de nombreux récits de José Rodrigues Miguéis présentent des narrateurs qui se caractérisent par une même angoisse : celle de se sentir étranger. Ce sentiment d’étrangeté, nous l’aborderons ici à travers l’étude de  l’ironie littéraire en jeu dans l’œuvre fictionnelle migueisienne : une ironie imposée par la biographie de l’écrivain, doublement exilé, de plus en plus éloigné de son pays natal et de la concrétisation de ses idéaux politiques au fil du temps ; une ironie indissociable d’une interrogation sur le sujet d’énonciation et d’une conception de l’homme comme assemblage sous tension d’éléments contradictoires ; une ironie, enfin, qui joue avec les règles génériques, les instances conventionnelles (personnage, narrateur auteur), et la frontière entre autobiographie et fiction. Nous nous attarderons en particulier sur la longue nouvelle A Múmia [La momie] dans laquelle Miguéis procède à une véritable mise en scène ironique de la multiplicité de l’être.

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Ecriture et identité chez José Rodrigues Miguéis

9 juin 2009

Mémoire de DEA – Georges da Costa – Paris III – Automne 2003


Introduction

Ayant acquis la nationalité américaine et passé près de la moitié de sa vie aux Etats-Unis, José Rodrigues Miguéis s’est toujours défini comme portugais et a continué à écrire dans sa langue natale. Dans sa correspondance, il s’est régulièrement plaint du peu de cas que le Portugal faisait de lui et surtout de son oeuvre, et a souffert de son exil volontaire, qui, comme tout exil, l’a obligé à se confronter à la problématique identitaire, que ce soit au niveau individuel ou national.

Les paratextes introductifs ou conclusifs couramment joints à ses récits fictionnels reflètent souvent ses préoccupations quant à la place de l’artiste et de l’intellectuel dans la société, et, plus généralement, celle de l’individu, préoccupations qui vont souvent de pair avec des questionnements identitaires. Miguéis s’inscrit ainsi dans la longue liste des écrivains portugais du XXè siècle qui ont écrit et réfléchi sur la place et le rôle du sujet au sein du groupe, questionnant à la fois l’individu et le collectif, dans une permanente évaluation des actes et des situations.

Il est donc fort logique que l’identité constitue l’un des axes privilégiés par les exégètes de Miguéis tout au long du XXè siècle, bien qu’elle n’ait été l’objet que d’une seule étude approfondie. Dans ce travail, nous nous proposons de prospecter la complexité de l’identité individuelle, en tant que telle, mais aussi dans sa relation à l’identité nationale. Nous tenterons en particulier de montrer l’importance du récit, et donc de l’écriture, en tant que processus médiateur de toute construction identitaire.

C’est d’ailleurs la prise en compte de la dimension narrative de l’identité qui nous a guidé dans le choix de notre corpus. Nous avons opté pour trois récits migueisiens où l’acte d’écriture est ouvertement lié à la problématique identitaire : un roman, O Milagre Segundo Salomé, qui, par le parcours géographique, social, religieux et psychologique du personnage principal, Salomé, retrace les dernières années de la 1ère République portugaise ; un récit autobiographique, Um Homem Sorri à Morte – com Meia Cara, qui raconte comment Miguéis a fait face à une maladie qui faillit lui coûter la vie ; et une nouvelle, « A Múmia », qui décrit la tentative de retour d’un individu au lieu-espace-temps de son passé.

Ces trois récits, appartenant à trois genres littéraires différents, nous offriront ainsi une vue plus large de l’oeuvre de Miguéis, et nous permettront de montrer que les préoccupations identitaires de l’écrivain ne se restreignent pas à un genre littéraire bien défini. De plus, cela pointera l’une des caractéristiques majeures de l’écriture migueisienne qui est de jouer librement avec les conventions génériques. Ce jeu est d’ailleurs intimement lié à la vision du monde de l’écrivain, ainsi qu’à sa conception de la littérature et de la problématique identitaire, fondées sur le mouvement et la recherche perpétuels d’une meilleure compréhension de la réalité et de sa représentation.

Cela se traduit par des personnages et des narrateurs souvent confrontés à des situations de crise, qui nous font régulièrement partager leurs pensées par l’intermédiaire du discours indirect libre ou de monologues intérieurs.
Par ailleurs, nous avons fait le choix d’intégrer des extraits de la correspondance de Miguéis, faisant ainsi régulièrement le rapprochement entre l’homme et l’auteur. Conscient des écueils que cela représente, nous pensons néanmoins que, dans le cas de Miguéis, cette mise en parallèle est indispensable et inévitable, tant la vie et l’oeuvre de l’écrivain sont liées. En procédant ainsi, nous ne faisons d’ailleurs que suivre ses conseils : l’écrivain ne peut être compris qu’à la « lumière de l’homme sous-jacent » et son oeuvre interprétée qu’en relation avec sa biographie.

Le caractère pluri-générique du corpus vient faire écho au caractère délibérément pluriel de notre approche théorique. En effet, la nécessité de comprendre les processus mis en jeu dans la problématique de l’identité, vaste sujet d’étude aux ramifications pluridisciplinaires qui est au centre de multiples débats et enjeux actuels, a défini notre méthodologie : à partir d’une réflexion théorique préalable, forcément limitée étant donné le cadre imposé par le DEA, nous avons dégagé des concepts et des axes d’étude à partir desquels nous avons analysé notre corpus. Ainsi, dans notre première partie, avant d’en étudier le traitement par Miguéis, nous procèderons à une mise au point théorique sur les relations entre le concept d’identité nationale et des notions aussi complexes, et parfois controversées, que celles de nation, histoire, ou mythe. Cette étude théorique, nous permettra de mieux dégager les implications identitaires de O Milagre Segundo Salomé. Pour cela, il nous a semblé judicieux de faire dialoguer le texte avec quelques livres d’histoire de la 1ère République portugaise, faisant apparaître la dimension historique de ce roman qui l’érige ainsi en un outil efficace de compréhension du processus de construction de l’identité nationale portugaise.

Dans notre deuxième partie, où nous nous intéresserons aux mécanismes opérant dans la construction de l’identité individuelle, nous procèderons de la même manière. Dans un premier temps, nous nous appuierons sur une étude théorique des genres autobiographiques afin d’essayer de voir en quoi Um Homem Sorri à Morte – com Meia Cara occupe une place à part dans l’oeuvre migueisienne, en particulier du point de vue identitaire. Puis, dans un deuxième temps, avec l’étude de « A Múmia », nous nous pencherons sur le caractère multiple de l’identité individuelle, dans sa double dimension spatiale et temporelle.


L’identité nationale portugaise vue à travers ‘O Milagre Segundo Salomé’ de José Rodrigues Miguéis

26 octobre 2003

milagre2Bien qu’ayant acquis la nationalité américaine et passé près de la moitié de sa vie aux Etats-Unis, José Rodrigues Miguéis (1901-1980) s’est toujours défini comme Portugais et a continué à écrire dans sa langue natale. Il s’est souvent plaint du peu de cas que le Portugal a fait de son œuvre et a beaucoup souffert de son exil volontaire , qui, comme tout exil, l’a amené à se confronter à la problématique identitaire, et, par la même occasion, à questionner l’identité nationale portugaise.
C’est ce qu’il fait en particulier dans O Milagre Segundo Salomé, long roman où la nation, objet de conversations, d’inquiétudes, de stratégies, et parfois de théorisation, est le personnage collectif dont on parle le plus.
Miguéis est né au début du XXè siècle, en pleine période d’agitation politique au Portugal : la monarchie laisse la place à une République qui ne tiendra que quelques années, années qui se révèleront primordiales pour les destins du Portugal et de l’écrivain. O Milagre Segundo Salomé retrace cette époque où le Portugal prend des chemins qui mèneront finalement à la dictature.
A travers le parcours du personnage principal, Salomé, successivement paysanne, employée de maison, prostituée, déesse de l’amour, sainte, et, finalement, simple femme, Miguéis pose à la fois le problème de la construction de l’identité de l’individu et de celle de la nation. Allant parfois jusqu’à l’essai politique, il réunit tous les ingrédients et acteurs qui participent à la construction de l’identité nationale portugaise du début du XXè siècle, en faisant une des principales thématiques du roman.

Par Georges da Costa

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Rédigé en 2003 et publié dans la revue Latitudes