Jeux de genres dans l’oeuvre de l’écrivain-journaliste José Rodrigues Miguéis

12 décembre 2013

Communication réalisée par Georges da Costa lors de la Journée d’études organisée par PILAR (Presse, Imprimés, Lecture dans l’Aire Romane) le 19 octobre 2013 au Colegio de España (Paris).

Résumé : La vie eespelhot la production littéraire et journalistique de José Rodrigues Miguéis (1901-1980) sont intimement liées. Le contexte historique dans lequel il a vécu la première partie de sa vie est primordial : la 1ère République portugaise (proclamée en 1908), fragile et agitée, débouchera, après un coup d’état militaire en 1926, sur la constitution de l’Estado Novo en 1933 et l’instauration durable de la dictature salazariste. Ce contexte sera déterminant dans les choix opérés par Miguéis, qui opte pour l’exil aux USA en 1935.
On observera une constante interrogation de sa part quant à la posture  à adopter  face à cette situation. En 1942, il écrit ainsi : « dans un monde moins problématique que le nôtre, j’aurais été écrivain » . Le fait est que le monde dans lequel a vécu Miguéis était problématique, aussi, pendant de longues années, il va « placer l’homme, les hommes, au-dessus de la littérature »  : la littérature apparaît alors soit comme sa mission première , soit comme un choix par défaut, ersatz du militantisme et du journalisme .  On retrouve cette tension dans l’œuvre migueisienne publiée en volume (6 romans, 2 longues nouvelles, 4 recueils de contes et nouvelles, 1 récit autobiographique, 3 recueils de chroniques et essais, 1 recueil de fragments aphoristiques, et 1 pièce de théâtre), que l’on peut définir comme la résultante de deux modes d’écriture qui se sont succédés et/ou  superposés au long de la vie de l’écrivain : un premier mode basé sur un engagement éthique et politique au service d’un idéal de société plus juste, où la littérature, à l’instar du journalisme, est conçue comme un outil pédagogique d’action sur le réel ; et un second, plutôt basé sur le doute et la liberté de l’artiste, où Miguéis met en récit et en question(s) la complexité du monde et de la réalité.
Je m’intéresserai ici aux écrits de José Rodrigues Miguéis publiés en volume sous l’angle de leur rapport au journalisme. Je les étudierai dans le cadre de ce mode d’écriture engagé où le conteur d’histoires qu’est Miguéis laisse régulièrement la place au journaliste militant et à l’essayiste, convaincu du pouvoir des mots et de la raison à dévoiler la vérité, à montrer et à transformer le réel.
Dans un premier temps, je me pencherai sur la particularité du mode de publication migueisien. Malgré de longues années sans publication en volume , José Rodrigues Miguéis n’a jamais cessé d’écrire dans des périodiques : des textes au statut générique établi (romans-feuilletons, contes…) ou au statut plus flou (nouvelles, chroniques, réflexions…) seront, parfois des dizaines d’années plus tard, rassemblés et édités ensemble pour le cas des romans-feuilletons, ou intégrés soit dans un recueil fictionnel de contes et nouvelles, soit dans un recueil de chroniques et/ou essais.
Les récits fictionnels migueisiens (contes, nouvelles et romans) donnent régulièrement la parole, en bons instruments polyphoniques, à des points de vue et autres discours à prétention référentielle. Parfois très longues, ces insertions tendent à s’éloigner du domaine de la fiction et à revendiquer soit un statut générique plus « objectif », donnant l’impression au lecteur de lire non pas une fiction mais un reportage, un essai, un compte-rendu, soit un statut plus « subjectif », avec des récits hybrides que l’on pourrait qualifier de chroniques, journaux de bord ou mémoires. La dimension autobiographique de l’œuvre fictionnelle migueisienne alliée à cette prétention à la référentialité donnent toute sa force à un pacte de lecture basé sur la sincérité de l’expérience vécue.
Nous verrons alors, dans un second temps, comment ce pacte de lecture s’insère dans une stratégie éthique de dénonciation des mensonges et autres hypocrisies des discours dominants (satire, pastiche), stratégie où le discours journalistique peut servir d’outil ou, à l’inverse, de cible.

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La convergence des parallèles ? Ironie et altérité chez José Rodrigues Miguéis

19 octobre 2011

Conférence de Georges da Costa
Centre Calouste Gulbenkian | Résidence André de Gouveia | 5 décembre 2011

http://www.gulbenkian-paris.org/fr/la_convergence_des_paralleles_ironie_et_alterite_chez_jose_rodrigues_migueis

 

Image tirée des archives de Miguéis à la Brown University

En 1946, après une longue maladie, l’écrivain portugais José Rodrigues Miguéis revient vivre au Portugal. Mais il se sent de plus en plus étranger : étranger au pays où il est né (1901) et qu’il a quitté en 1935, et étranger à l’homme qu’il était au moment de son départ en exil. Après quelques mois, il repartira aux Etats-Unis où, malgré plusieurs tentatives de retour à la mère-patrie, il restera jusqu’à sa mort (1980).

Óscar Lopes a souligné que de nombreux récits de José Rodrigues Miguéis présentent des narrateurs qui se caractérisent par une même angoisse : celle de se sentir étranger. Ce sentiment d’étrangeté, nous l’aborderons ici à travers l’étude de  l’ironie littéraire en jeu dans l’œuvre fictionnelle migueisienne : une ironie imposée par la biographie de l’écrivain, doublement exilé, de plus en plus éloigné de son pays natal et de la concrétisation de ses idéaux politiques au fil du temps ; une ironie indissociable d’une interrogation sur le sujet d’énonciation et d’une conception de l’homme comme assemblage sous tension d’éléments contradictoires ; une ironie, enfin, qui joue avec les règles génériques, les instances conventionnelles (personnage, narrateur auteur), et la frontière entre autobiographie et fiction. Nous nous attarderons en particulier sur la longue nouvelle A Múmia [La momie] dans laquelle Miguéis procède à une véritable mise en scène ironique de la multiplicité de l’être.