Conformistas do Inconformismo | Conformistes de l’Anticonformisme

9 février 2016

Quer refazer a mentalidade portuguesa? Portugal não tem cura – tem curas: os padrecas das inúmeras freguezias e igrejinhas da pseudo-Cultura. Esborrache-os mas não queira reformá-los. […] Eu sei: custa e dói muito renunciar a ser alguém naquele alguidar de lacraus. Eu próprio morro disso. Porque não temos mais nada! […] Nem de vontade eu iria para viver ignorado ou a dar e levar castanhas nos Conformistas do Inconformismo!

José Rodrigues Miguéis. Carta a Jorge de Sena. 05/12/1973.

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Vous voulez refaire la mentalité portugaise ? Le Portugal n’a pas de cure – il a des curés : les petits curés des innombrables paroisses et petites églises de la pseudo-Culture. Écrabouillez-les, mais ne tentez pas de les réformer. […] Je sais : cela coûte beaucoup et cela fait très mal de renoncer à être quelqu’un dans ce nid de scorpions. Moi-même, j’en meurs. Car nous n’avons rien d’autre ! […] Même si je le voulais, je n’irais pas là-bas pour vivre ignoré ou pour donner et recevoir des châtaignes des Conformistes de l’Anticonformisme !

José Rodrigues Miguéis. Lettre à Jorge de Sena. 05/12/1973.


Jeux de genres dans l’oeuvre de l’écrivain-journaliste José Rodrigues Miguéis

12 décembre 2013

Communication réalisée par Georges da Costa lors de la Journée d’études organisée par PILAR (Presse, Imprimés, Lecture dans l’Aire Romane) le 19 octobre 2013 au Colegio de España (Paris).

Résumé : La vie eespelhot la production littéraire et journalistique de José Rodrigues Miguéis (1901-1980) sont intimement liées. Le contexte historique dans lequel il a vécu la première partie de sa vie est primordial : la 1ère République portugaise (proclamée en 1908), fragile et agitée, débouchera, après un coup d’état militaire en 1926, sur la constitution de l’Estado Novo en 1933 et l’instauration durable de la dictature salazariste. Ce contexte sera déterminant dans les choix opérés par Miguéis, qui opte pour l’exil aux USA en 1935.
On observera une constante interrogation de sa part quant à la posture  à adopter  face à cette situation. En 1942, il écrit ainsi : « dans un monde moins problématique que le nôtre, j’aurais été écrivain » . Le fait est que le monde dans lequel a vécu Miguéis était problématique, aussi, pendant de longues années, il va « placer l’homme, les hommes, au-dessus de la littérature »  : la littérature apparaît alors soit comme sa mission première , soit comme un choix par défaut, ersatz du militantisme et du journalisme .  On retrouve cette tension dans l’œuvre migueisienne publiée en volume (6 romans, 2 longues nouvelles, 4 recueils de contes et nouvelles, 1 récit autobiographique, 3 recueils de chroniques et essais, 1 recueil de fragments aphoristiques, et 1 pièce de théâtre), que l’on peut définir comme la résultante de deux modes d’écriture qui se sont succédés et/ou  superposés au long de la vie de l’écrivain : un premier mode basé sur un engagement éthique et politique au service d’un idéal de société plus juste, où la littérature, à l’instar du journalisme, est conçue comme un outil pédagogique d’action sur le réel ; et un second, plutôt basé sur le doute et la liberté de l’artiste, où Miguéis met en récit et en question(s) la complexité du monde et de la réalité.
Je m’intéresserai ici aux écrits de José Rodrigues Miguéis publiés en volume sous l’angle de leur rapport au journalisme. Je les étudierai dans le cadre de ce mode d’écriture engagé où le conteur d’histoires qu’est Miguéis laisse régulièrement la place au journaliste militant et à l’essayiste, convaincu du pouvoir des mots et de la raison à dévoiler la vérité, à montrer et à transformer le réel.
Dans un premier temps, je me pencherai sur la particularité du mode de publication migueisien. Malgré de longues années sans publication en volume , José Rodrigues Miguéis n’a jamais cessé d’écrire dans des périodiques : des textes au statut générique établi (romans-feuilletons, contes…) ou au statut plus flou (nouvelles, chroniques, réflexions…) seront, parfois des dizaines d’années plus tard, rassemblés et édités ensemble pour le cas des romans-feuilletons, ou intégrés soit dans un recueil fictionnel de contes et nouvelles, soit dans un recueil de chroniques et/ou essais.
Les récits fictionnels migueisiens (contes, nouvelles et romans) donnent régulièrement la parole, en bons instruments polyphoniques, à des points de vue et autres discours à prétention référentielle. Parfois très longues, ces insertions tendent à s’éloigner du domaine de la fiction et à revendiquer soit un statut générique plus « objectif », donnant l’impression au lecteur de lire non pas une fiction mais un reportage, un essai, un compte-rendu, soit un statut plus « subjectif », avec des récits hybrides que l’on pourrait qualifier de chroniques, journaux de bord ou mémoires. La dimension autobiographique de l’œuvre fictionnelle migueisienne alliée à cette prétention à la référentialité donnent toute sa force à un pacte de lecture basé sur la sincérité de l’expérience vécue.
Nous verrons alors, dans un second temps, comment ce pacte de lecture s’insère dans une stratégie éthique de dénonciation des mensonges et autres hypocrisies des discours dominants (satire, pastiche), stratégie où le discours journalistique peut servir d’outil ou, à l’inverse, de cible.


L’identité nationale portugaise vue à travers ‘O Milagre Segundo Salomé’ de José Rodrigues Miguéis

26 octobre 2003

milagre2Bien qu’ayant acquis la nationalité américaine et passé près de la moitié de sa vie aux Etats-Unis, José Rodrigues Miguéis (1901-1980) s’est toujours défini comme Portugais et a continué à écrire dans sa langue natale. Il s’est souvent plaint du peu de cas que le Portugal a fait de son œuvre et a beaucoup souffert de son exil volontaire , qui, comme tout exil, l’a amené à se confronter à la problématique identitaire, et, par la même occasion, à questionner l’identité nationale portugaise.
C’est ce qu’il fait en particulier dans O Milagre Segundo Salomé, long roman où la nation, objet de conversations, d’inquiétudes, de stratégies, et parfois de théorisation, est le personnage collectif dont on parle le plus.
Miguéis est né au début du XXè siècle, en pleine période d’agitation politique au Portugal : la monarchie laisse la place à une République qui ne tiendra que quelques années, années qui se révèleront primordiales pour les destins du Portugal et de l’écrivain. O Milagre Segundo Salomé retrace cette époque où le Portugal prend des chemins qui mèneront finalement à la dictature.
A travers le parcours du personnage principal, Salomé, successivement paysanne, employée de maison, prostituée, déesse de l’amour, sainte, et, finalement, simple femme, Miguéis pose à la fois le problème de la construction de l’identité de l’individu et de celle de la nation. Allant parfois jusqu’à l’essai politique, il réunit tous les ingrédients et acteurs qui participent à la construction de l’identité nationale portugaise du début du XXè siècle, en faisant une des principales thématiques du roman.

Par Georges da Costa

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Rédigé en 2003 et publié dans la revue Latitudes